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Le Tribunal administratif annule la décision du Collège de France d’interdire le colloque « La Palestine et l’Europe » : une victoire pour le CAREP, la SEMOMM et la liberté académique

La statue du physiologiste Claude Bernard devant l’entrée du Collège de France, à Paris, le 1ᵉʳ février 2025.

La statue du physiologiste Claude Bernard devant l’entrée du Collège de France, à Paris, le 1ᵉʳ février 2025. SÉBASTIEN DUPUY/AFP. Retrouvez l’article du Monde sur la décision du Tribunal

En novembre dernier, le Collège de France avait décide d’annuler le colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », organisé par la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France et le CAREP (Centre arabe de recherches et d’études politiques). Cette décision faisait suite à des pressions exercées par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans un contexte de campagne de dénigrement initiée sur le réseau social X (anciennement Twitter), puis relayée par plusieurs hebdomadaires, au prix d’une lecture profondément déformée du projet scientifique du colloque.

Dès l’annonce de cette annulation, la SEMOMM avait dénoncé une atteinte particulièrement grave à la liberté académique et à l’autonomie des institutions de recherche, rappelant qu’une telle décision créait un précédent préoccupant pour l’exercice de la recherche et l’organisation du débat scientifique.

Engagée aux côtés du CAREP dans la procédure contentieuse, la SEMOMM se félicite de la décision rendue par le Tribunal administratif le 15 juillet, qui annule la décision du Collège de France. Cette décision constitue une victoire majeure pour le CAREP, pour la SEMOMM et, plus largement, pour l’ensemble de la communauté académique. Elle rappelle avec force que les libertés académiques ne peuvent être sacrifiées sous l’effet de pressions politiques ou de campagnes médiatiques.

Le Tribunal confirme ainsi l’analyse du rapporteur public, qui avait estimé que l’annulation du colloque était « disproportionnée ». Il souligne notamment que le Collège de France disposait de moyens permettant d’assurer la tenue de l’événement dans des conditions de sécurité adaptées, sans recourir à son annulation.

Pour approfondir cette affaire, retrouvez un article publié par Le Monde

Communiqué du comité pour les libertés académiques de la SEMOMM sur l’arrestation de Ali Lmrabet

Nous exprimons notre profonde préoccupation face à l’arrestation du journaliste marocain Ali Lmrabet, survenue hier soir à son arrivée à l’aéroport de Tanger. Selon les informations disponibles à ce jour, Ali Lmrabet ferait l’objet de poursuites pour de présumés délits d’opinion liés à son activité journalistique et à ses enquêtes.

Ce nouvel épisode s’inscrit dans une longue histoire de persécutions judiciaires et d’intimidations à son encontre, qui, au fil des années, ont à plusieurs reprises visé son travail de journaliste indépendant. Ali Lmrabet est également un chercheur indépendant, dont l’engagement dans la production et la diffusion des connaissances relève pleinement de l’exercice de la liberté de la recherche, tout comme son activité journalistique est protégée par la liberté de la presse et la liberté d’expression.

Nous demandons par conséquent aux autorités marocaines sa libération immédiate et sans condition, ainsi que le plein respect des droits fondamentaux garantis par le droit international, en particulier la liberté d’opinion, la liberté de la recherche et la liberté de la presse. Nous réaffirmons notre solidarité avec Ali Lmrabet et avec toutes les personnes qui, à travers leur travail intellectuel et journalistique, sont persécutées pour avoir exercé pacifiquement leurs libertés fondamentales.

Communiqué des comités pour les libertés académiques de la SEMOMM, de la BRISMES, de la SeSaMO et de la MESA sur la situation du Dr. Maâti Monjib, historien franco-marocain

Historien, essayiste, universitaire, journaliste et défenseur des droits humains, le Dr. Maâti Monjib a contribué par ses travaux historiques, reconnus par ses pairs, par ses articles, par ses prises de position civiques et par son engagement pour la liberté de la presse, à construire un espace de réflexion critique dans lequel l’histoire contemporaine du Maroc, les formes du pouvoir, les pratiques autoritaires et les questions démocratiques pouvaient être abordées publiquement.

Depuis 2015, les autorités marocaines ont multiplié contre lui les procédures judiciaires fondées sur des accusations que de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains ont jugées arbitraires.[1] En 2023, il a été suspendu de son poste à l’Université Mohammed V de Rabat, de laquelle il ne reçoit plus aucun soutien de type financier. Initialement accusé, tout comme un certain nombre de journalistes, d’avoir porté atteinte à la sécurité de l’État à travers des activités de formation et de soutien au journalisme indépendant, le Dr. Monjib a été entraîné pendant des années dans un interminable cycle de reports d’audience, de convocations, de contrôles administratifs et de campagnes diffamatoires auxquels il a souvent réagi en se mettant en grève de la faim.

Par la suite, les accusations se sont étendues à de prétendus délits financiers et de blanchiment d’argent, comme l’affirme Human Rights Watch dans son rapport déjà cité, dans un cadre qui apparaît cohérent avec une stratégie toujours plus fréquente dans de nombreux contextes autoritaires : criminaliser l’opposition politique et intellectuelle par la poursuite pénale ordinaire, dans le but de délégitimer moralement les figures critiques tout en évitant des procès ouvertement politiques.

En décembre 2020, le Dr. Maâti Monjib a été arrêté et emprisonné. Sa détention, tout comme le gel de ses biens et de ses comptes bancaires au Maroc, ont suscité une vaste mobilisation internationale. De nombreuses organisations, parmi lesquelles l’Association Marocaine des Droits Humains, Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé le caractère persécutoire des procédures engagées contre lui ainsi que les violations des garanties fondamentales d’un procès équitable.

Au cours de ces années, Maâti Monjib a également été victime d’une surveillance numérique illégale, de campagnes de diffamation orchestrées par des médias proches du pouvoir et de restrictions continues de sa vie professionnelle et personnelle.

Particulièrement grave ont été les atteintes à sa liberté de circulation. Citoyen franco-marocain, Maâti Monjib s’est vu retirer illégalement son passeport français par les autorités du gouvernement de Rabat, dans une mesure qui constitue une violation extrêmement grave de ses droits fondamentaux et de son statut de citoyen binational. Depuis plus de six ans, il lui a été interdit de quitter le territoire marocain, comme le démontre les dernières tentatives qu’il a effectuées le 30 mars et le 4 juin 2026 de se rendre en Europe pour donner des conférences. Cette interdiction de voyager a entraîné des conséquences dramatiques en lui empêchant d’exercer librement son métier d’historien, en violation évidente de sa liberté académique. Elle a entraîné également des conséquences sur le plan humain et familial : elle l’a empêché de rejoindre la France, où vivent son épouse et sa fille, le séparant de ses proches et lui imposant une forme de punition extrajudiciaire ; elle l’a également empêché de recevoir des soins et des contrôles spécialisés adéquats pour les pathologies chroniques dont il souffre.

Bien qu’en juillet 2024, le Dr. Maâti Monjib et d’autres personnes aient bénéficié d’une grâce accordée par le roi Mohammed VI, cette mesure n’a pas mis fin à sa persécution ni au gel de ses fonds propres et de ceux de sa famille. La grâce n’équivaut ni à une reconnaissance de l’injustice subie ni à une pleine réhabilitation. Elle laisse intacts les mécanismes d’intimidation, comme le démontre le fait qu’il ait été empêché par la police non seulement d’intervenir, mais même d’entrer, au Salon du Livre de Rabat le 2 mai dernier, alors même qu’il avait acheté son entrée, et n’efface pas les multiples restrictions qui continuent de frapper sa vie personnelle, professionnelle et civique.

Pour cette raison, nous demandons aux autorités marocaines :

  • L’annulation de toutes les poursuites et mesures attentatoires à la liberté du Dr. Maâti Monjib et son rétablissement dans ses droits, en particulier de circulation ;
  • La pleine reconnaissance de son droit à la liberté d’expression, de recherche et de critique politique, et notamment le droit de pouvoir exercer sa liberté académique et de critiquer pacifiquement le régime marocain sans craindre de représailles ;
  • Sa réintégration dans l’enseignement universitaire et dans la vie académique, avec la reconnaissance de sa dignité d’historien, d’enseignant et d’intellectuel ;
  • La garantie concrète qu’il puisse se rendre librement en France afin de retrouver son épouse et sa fille et de recevoir les soins médicaux nécessaires et, à ce sujet, nous invoquons l’intercession des autorités diplomatiques françaises au Maroc.

Nous demandons également aux autorités françaises de mettre en place toute les mesures politiques et diplomatiques qui faciliteraient le plein respect des droits d’un citoyen binational, dont la rectitude, l’envergure et l’intégrité sont internationalement reconnues.[2]

Le cas de Maâti Monjib est un cas symbolique de persécution judiciaire et politique contre un intellectuel critique dans le Maghreb contemporain. Défendre le Dr. Maâti Monjib signifie défendre des principes qui dépassent son seul cas individuel. Cela signifie affirmer qu’aucun historien, aucun journaliste, aucun chercheur et intellectuel ne devrait être poursuivi par l’État pour ses opinions. Cela signifie rappeler que la liberté académique ne peut exister sans liberté politique et que la critique du pouvoir constitue une composante essentielle de toute société démocratique.

Nous exprimons notre pleine solidarité au Dr. Maâti Monjib, à sa famille et à toutes les personnes qui, au Maroc, continuent à défendre, souvent au péril de leur propre liberté, le droit à la parole critique, à la recherche indépendante et à la justice.

Les comités pour les libertés académiques de la SEMOMM – Société des Études sur le Moyen-Orient et les Mondes Musulmans, de la BRISMES – The British Society for Middle Eastern Studies, de la SeSaMO – Società per gli Studi sul Medio Oriente, et de la MESA – Middle East Studies Association, 07 juillet 2026


[1]  Voir l’appel d’Amnesty International du 05/01/2021, le rapport d’Human Right Watch du 28/07/2022 et l’article paru sur Le Correspondant le 19 juin 2026 qui résume efficacement les étapes de son périple judiciaire.

[2]  Voir à cet effet les campagnes de solidarité de MENA, 25/11/2020, de SeSaMO et ASAI, 01/02/2021 et de MESA, 23/03/2021.

Lancement de la plateforme Samt – Censure des savoirs sur la Palestine

Face à l’augmentation du nombre d’interdictions et d’atteintes aux libertés académiques et à la liberté d’expression en France depuis le 7 octobre 2023, le CAREP Paris lance la plateforme Samt afin recenser les formes de censure visant la production des savoirs sur la Palestine. Samt (صمت) signifie “silence” en arabe. C’est aussi l’acronyme de “Soutenir, Archiver, Mutualiser, Transmettre”.

Si vous voulez contribuer en soumettant un cas dont vous êtes au courant,

C’est par ici


Une initiative en partenariat avec la Semomm, le European Legal Support Centre (ELSC), l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP), l’Observatoire des mondes arabes et musulmans (OMAM, Université libre de Bruxelles) et la CAALAP – Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques.

Communiqué de la SEMOMM en soutien à notre collègue Iman El Feki

2 juin 2026

La SEMOMM, la CAALAP et ALIA expriment leur solidarité avec notre collègue Iman El Feki et font part de leur profonde inquiétude face aux attaques dont elle fait l’objet et, plus largement, face aux menaces qui pèsent sur la liberté académique et la liberté d’expression, en particulier lorsqu’elles visent des universitaires et des chercheurs. 

La Société d’études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans (SEMOMM), fondée en 2014, est l’association professionnelle savante dans ce domaine en France. Elle s’engage à défendre la liberté académique en lien avec l’étude de ces objets.

La CAALAP (Coordination Antifasciste pour l’Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques) s’est créée à la fin de l’année 2023, pour s’opposer vigoureusement à une ligne de pensée violemment réactionnaire qui anime l’actuelle montée en puissance de l’extrême-droite, dans sa volonté d’imposer ses schémas idéologiques au sein des institutions de recherche et de transmission des savoirs.

L’Association pour la liberté académique (ALIA) est une association d’intérêt général dont l’action se situe à l’interface entre la science et la société. Elle a pour but de promouvoir et de défendre la liberté académique. L’association peut agir en justice pour la défense de ces objectifs.

Iman El Feki a porté plainte contre Florence Bergeaud-Blackler pour diffamation en raison de l’appartenance à une race ou à une religion. Cette dernière a été mise en examen. L’audience se tiendra jeudi 11 juin à 8h00 au Tribunal Judiciaire de Strasbourg.

Iman El Feki, doctorante à l’Université de Strasbourg sous la direction de Anne-Sophie Lamine, prépare actuellement une thèse intitulée « Sortie de prison et prévention de la radicalité violente. Dispositifs socio-culturels, religieux et judiciaires. ». Dans le cadre de ses recherches, elle a publié un article validé par ses pairs dans la revue scientifique spécialisée Marronages, intitulé : « Vous êtes musulmane et vous travaillez sur la radicalisation ? Il n’y a pas un problème ? » : Quand la religiosité interroge la radicalisation », publié en décembre 2023. Elle coordonne également des événements scientifiques d’ampleur nationale et internationale, à l’instar du Colloque « Islamophobie(s). Perspectives maghrébines » ou de la journée d’études «  Ce que le racisme fait aux savoirs – Race, racisme, colonialité et production des savoirs ».

Cette attaque ad personam s’inscrit dans un climat d’attaques systématiques envers les chercheurs et les chercheuses en France et dans le monde, en particulier ceux qui dénoncent les discours et actes de haine.

Nous appelons nos collègues à se mobiliser aux côtés d’Iman El Feki lors de ce procès, afin de lui manifester le soutien de nos communautés académiques et notre engagement commun en faveur de la défense des libertés académiques.

Le comité pour les libertés académiques de la SEMOMM

La CALAAP

ALIA

Tribune : “La liberté académique face aux pouvoirs”

La SEMOMM compte parmi les signataires de la tribune “La liberté académique face aux pouvoirs”, parue le 27 mai sur AOC (Analyse Opinion Critique).

Cette tribune a été rédigée et signée par un nombre d’associations académiques et de syndicats professionnels :

La Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques (CAALAP)
L’Observatoire des atteintes à la liberté académique (OALA)
L’Association pour la liberté académique (ALIA)
La Société des Études sur le Moyen-Orient & les Mondes Musulmans (SEMOMM)

La CGT des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (CGT FERC Sup)
Le Syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l’enseignement supérieur (SNPTES-UNSA)

Retrouver le texte intégral ici.

Pour celles et ceux n’ayant pas de compte, et ne souhaitant pas essayer gratuitement AOC, n’hésitez pas à nous contacter pour lire le texte en entier. Voici quelques extraits sélectionnés :

La définition juridique de la liberté académique :

“La loi Savary de 1984, dans son article 57, reprend un principe qui avait déjà été énoncé dans l’article 34 de la loi Faure de 1968 : « Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité. » Dans le contexte historique qui va de mai 1968 au début des années Mitterrand, la liberté était donc inséparable d’une indépendance revendiquée face aux différents types de pouvoir : politique, économique, religieux, bureaucratique…

L’article 15 de la loi de programmation de la recherche de 2020 introduit dans le droit français une formulation nouvelle, à savoir « libertés académiques ». En effet, il ajoute à l’article L952-2 du Code de l’éducation la phrase suivante : « Les libertés académiques sont le gage de l’excellence de l’enseignement supérieur et de la recherche français. Elles s’exercent conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs. » Dans sa décision du 20 janvier 1984, validant le principe énoncé dans la loi qui venait d’être votée, le Conseil constitutionnel ne se contentait pas, d’ailleurs, de valider le principe énoncé dans la loi qui venait d’être votée ; il ajoutait que, « par leur nature même, les fonctions d’enseignement et de recherche non seulement permettent mais demandent, dans l’intérêt même du service, que la libre expression et l’indépendance des personnels soient garanties ». Autrement dit, l’indépendance, condition de la liberté, n’est pas une tolérance concédée à une corporation ; elle est nécessaire dans l’exercice des fonctions d’enseignement supérieur et de recherche scientifique.”

La tribune discute par la suite de deux propositions de loi : une “première, enregistrée au Sénat le 16 avril 2025, est une proposition de loi constitutionnelle visant à garantir la liberté académique. Elle est portée par le sénateur (Horizons) Louis Vogel, professeur de droit à l’Université Panthéon-Assas”. Une deuxième, portée par le sénateur Adel Ziane (Parti socialiste) et Karim Bouamrane, est enregistrée deux jours plus tard. La loi adoptée par le Sénat le 11 février 2026 change l’esprit de ces propositions :

“Certes, la protection fonctionnelle est désormais accordée, selon l’article 4, « lorsque l’enseignant chercheur, l’enseignant ou le chercheur fait l’objet d’atteintes ou de poursuites mettant en cause l’exercice de sa liberté académique ». Mais c’est ce principe lui-même qui est redéfini. En effet, la commission de la culture, sur proposition de la sénatrice Karine Daniel, rapporteure socialiste, a d’abord « réécrit cet article [le premier] pour compléter la définition de la liberté académique et encadrer celle-ci par son pendant, l’intégrité scientifique ». Encadrer, ce n’est plus tant protéger que contrôler. Qui jugera en effet de l’intégrité scientifique ? Le principe même des libertés académiques, c’est que la responsabilité en incombe à des instances académiques – et non politiques ou juridiques. Mais ce n’est pas tout. « La liberté pédagogique, qui inclut la liberté d’enseignement et de discussion », d’abord posée comme l’une des dimensions de la liberté académique, se réduit désormais à « la liberté d’enseignement » – sans discussion.

L’article premier prévoyait enfin que « les sources et matériaux nécessaires aux enseignants-chercheurs et aux chercheurs sont protégés dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche ». On peut songer à l’exemple de Thierry Dominici, doctorant travaillant sur les mouvements nationalistes corses, exposé aux soupçons politiques et placé « en garde à vue » par un juge antiterroriste. Ses sources ayant été entièrement saisies, il a dû mettre un terme à sa thèse. Or la protection des sources disparaît de la version adoptée en commission puis par le Sénat.

En outre, deux articles sont entièrement supprimés. Ils avaient pour objectif de « contenir le risque d’ingérence économique dans la recherche académique ». Selon la version initiale, « l’article 5 pose le principe de publicité des ressources privées (dons, legs, ressources immobilières, subventions diverses…) perçues par les établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche. Afin de garantir l’indépendance des travaux de recherche, l’article 6 interdit toute clause contractuelle susceptible de l’entraver et oblige à rendre public tout contrat de recherche signé entre un établissement public d’enseignement supérieur ou de recherche et un organisme privé. » On pourrait penser au contrat signé par le Collège de France avec Total-Énergies : « En échange d’un financement de sa chaire Avenir Commun Durable », donc pour deux millions d’euros, « l’institution doit s’abstenir de toute communication susceptible de “porter atteinte à l’image ou à la notoriété” de la firme pétrolière ». L’article de Revue 21 révélant cette clause de non-dénigrement s’achève d’ailleurs sur l’annonce de la proposition de loi d’Adel Ziane pour « cadrer ce flou ».

Conformément au recadrage opéré par la rapporteure socialiste et adopté par la commission, la proposition de loi change de nom : elle se contente désormais de viser « à mieux reconnaître et protéger la liberté académique des enseignants‑chercheurs, des enseignants et des chercheurs » ; dans l’intitulé, il n’est plus question de « garantir », et c’en est fini des deux autres éléments : « L’indépendance des travaux de recherche et la transparence des fonds privés affectés à l’enseignement supérieur et à la recherche. » Des pouvoirs, dont protègent les libertés académiques, il n’est plus question. Sa définition était posée « conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs » dans la version initiale ; mais, dans la version transmise à l’Assemblée nationale, le mot « indépendance » a disparu.

Et les étudiant.e.s ?

“Paradoxalement, ce serait […] au nom des libertés académiques qu’entrerait dans le droit, pour la première fois, une atteinte à la liberté étudiante de manifester. Certes, cette offensive contre les étudiants faisait déjà l’objet de l’article 38 de la Loi de Programmation de la Recherche (LPR) en 2020, « instituant un délit réprimant l’intrusion dans l’enceinte d’un établissement d’enseignement supérieur » ; cependant, le Conseil constitutionnel, qui y voyait un cavalier législatif étranger au propos de cette loi, l’avait censuré.

Depuis, la volonté de réprimer les manifestations pro-palestiniennes après le 7 octobre 2023 a relancé cette tentative. Ainsi, une autre proposition de loi, enregistrée à l’Assemblée nationale le 26 mars 2026, présentée par deux députés de la Droite républicaine de Laurent Wauquiez, l’ex-ministre de l’Éducation Patrick Hetzel et Anne-Laure Blin, ancienne déléguée nationale de l’UNI, vise parallèlement à étendre aux universités la pénalisation prévue par l’article 431-22 du Code pénal seulement pour les établissements scolaires, comme l’a confirmé la Cour de cassation, pour donner aux « forces de l’ordre », selon l’exposé des motifs, « l’accès à l’ensemble des établissements d’enseignement, y compris supérieurs » : cela revient à contourner les franchises universitaires, soit le pouvoir de police et le pouvoir juridictionnel, qui font partie de l’autogouvernement et donc des libertés académiques.”

La tribune conclut que, dans le contexte actuel, il est “urgent de réitérer que la liberté académique n’est contrainte, dans les limites du droit pénal, que par les exigences pédagogiques et scientifiques du métier ; elle est ainsi soumises au jugement de la profession, et non des pouvoirs, politiques ou autres, face auxquels elle a vocation à défendre l’enseignement supérieur et la recherche.

C’est précisément en raison de notre engagement pour la liberté académique et pour les différentes libertés qui en découlent que nous mettons en garde contre ces propositions de loi : si elles revendiquent de « mieux reconnaître et protéger la liberté académique », en réalité, en la soumettant à un contrôle accru, elles en dénaturent le principe même, soit une garantie d’indépendance face à tous les pouvoirs. Une mauvaise loi menacerait davantage la liberté académique que l’absence de loi.”

Communiqué des comités pour les libertés académiques de la SEMOMM, de la SeSaMO et de la BRISMES, en soutien de François Burgat

La SEMOMM, la SeSaMO et la BRISMES expriment leur solidarité avec François Burgat et font part de leur profonde inquiétude face à la procédure judiciaire dont il fait l’objet et, plus largement, face aux menaces qui pèsent sur la liberté académique et la liberté d’expression, en particulier lorsqu’elles visent des universitaires et des chercheurs. 

Fondée en 1973, la British Society for Middle Eastern Studies (BRISMES) est la plus grande association universitaire nationale en Europe dédiée à l’étude du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Elle s’engage à soutenir les libertés académiques et la liberté d’expression, tant au sein de la région qu’en lien avec l’étude de celle-ci, au Royaume-Uni et dans le monde entier. Son comité pour les libertés académiques surveille et défend les libertés académiques dans la recherche, l’étude et l’enseignement des études sur le Moyen-Orient, au Royaume-Uni et à travers le monde.  

La Società Italiana di Studi sul Medio Oriente (SeSaMO) a été créée en 1995 et est la principale association nationale pour l’étude scientifique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord en Italie et en Europe. Son comité pour les libertés académiques défend les libertés académiques, comprises comme le droit inaliénable à la transmission et à la diffusion de la recherche et du savoir. 

La Société d’études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans (SEMOMM), fondée en 2014, est l’association professionnelle savante dans ce domaine en France. Elle s’engage à défendre la liberté académique en lien avec l’étude de ces régions.

François Burgat, directeur de recherche retraité du CNRS, a de nouveau comparu devant la justice mercredi 29 avril 2026 pour des faits supposés d’apologie du terrorisme. François Burgat est un spécialiste internationalement reconnu des mouvements islamistes, et l’auteur de plusieurs ouvrages universitaires majeurs, dont Comprendre l’islam politique (La Découverte, 2016) et L’Islamisme à l’heure d’Al-Qaida (La Découverte, Paris, 2005, 2010). Il a occupé divers postes universitaires et a conseillé plusieurs think tanks à l’échelle internationale.

Un premier procès avait mené à sa relaxe le 28 mai 2025, mais le parquet avait interjeté appel. Cette fois-ci le procureur a requis une peine d’un an de prison avec sursis. Le jugement sera rendu le 27 mai. 

Cette nouvelle comparution s’inscrit dans un climat de judiciarisation croissante des débats intellectuels portant sur la situation au Proche-Orient, en particulier sur la guerre d’Israël contre Gaza. Cette judiciarisation vise à réduire au silence les critiques à l’égard du gouvernement israélien dans sa politique à l’égard des Palestinien·nes et dans la mise en œuvre d’une intervention militaire qui a amené la Cour internationale de Justice à exiger d’Israël dès le 26 janvier 2024 des mesures conservatoires face à un risque de génocide.

Nous appelons toutes les institutions publiques à défendre et à faire respecter le droit aux  libertés académiques et à la liberté d’expression, et à s’opposer à toute tentative visant à intimider les universitaires et à les réduire au silence.

En outre, nous appelons les autorités françaises à veiller à ce que les lois relatives au terrorisme ne soient pas utilisées de manière à porter atteinte à l’expression politique légitime, à la recherche universitaire ou au débat public. La liberté d’expression — y compris la critique virulente des États et l’analyse des acteurs armés non étatiques — est protégée par la Convention européenne des droits de l’homme et constitue un principe fondamental de la société démocratique. La criminalisation croissante du discours politique risque d’avoir un effet dissuasif sur les universitaires, les journalistes et les citoyens engagés dans le débat sur des questions d’intérêt public majeur.

Les comités pour les libertés académiques de la SEMOMM, de la SeSaMO et de la BRISMES , 20 mai 2026

Version anglaise sur le site de la BRISMES

Lettre de l’AURDIP – Renouvellement de la coprésidence française du Haut Conseil franco-israélien pour la Science et la Technologie (HCST)

Nous relayons ici une lettre adressée par l’AURDIP aux Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

Messieurs les Ministres,

Le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace ont publié un appel à candidatures pour le renouvellement de la coprésidence française du Haut Conseil franco-israélien pour la Science et la Technologie (HCST), avec une date limite fixée au 18 mai 2026.

Cet appel ne saurait être considéré comme une simple procédure administrative. Le HCST est présenté par vos ministères comme une instance placée sous l’autorité des ministères français et israéliens compétents, chargée d’« orienter, piloter et coordonner l’ensemble de la coopération scientifique et technologique entre la France et Israël ». Il intervient en outre dans le pilotage de programmes bilatéraux de recherche, dont le partenariat Hubert Curien (PHC) « Maïmonide ».

Dans le contexte actuel, la poursuite ordinaire d’une telle coopération institutionnelle appelle une réévaluation urgente au regard des obligations internationales de la France. En effet, l’appel publié par vos ministères ne comporte aucune mention d’une évaluation au regard du droit international humanitaire, de la Convention sur le génocide, des ordonnances de la CIJ, toutes considérations rappelées en annexe de cette lettre.
L’appel ne fait pas non plus mention des risques liés aux usages militaires, sécuritaires, policiers ou à double usage de certaines coopérations scientifiques et technologiques. Cette omission est d’autant plus préoccupante que le PHC Maïmonide 2027, supervisé par le HCST, porte notamment sur l’intelligence artificielle, la santé et les matériaux, que « les entreprises peuvent participer au projet, dès lors qu’elles sont associées à un partenaire académique », et que ses critères d’évaluation incluent le « potentiel d’applicabilité », défini comme « l’applicabilité pratique des résultats attendus de la recherche ». L’existence d’un possible examen au titre de la « Protection du potentiel scientifique et technique de la nation » confirme d’ailleurs que ces coopérations peuvent présenter une sensibilité particulière. Dans un contexte de guerre, d’occupation, de colonisation et de violations massives du droit international, ces domaines ne peuvent être considérés comme politiquement ou juridiquement neutres.

Il ne s’agit pas ici de contester toute relation scientifique individuelle avec des chercheuses ou chercheurs israéliens, mais d’interroger une coopération interétatique structurée, placée sous autorité ministérielle, financée publiquement et orientée vers le développement de programmes scientifiques et technologiques bilatéraux. À défaut d’une telle évaluation, vos ministères, ainsi que la personne appelée à exercer la coprésidence française du HCST, s’exposeraient à un risque de mise en cause au regard des obligations de prévention, de non-reconnaissance et de non-assistance qui s’imposent à la France.
À ce titre, il appartient aux autorités françaises de démontrer qu’elles ont procédé à une évaluation suffisante, transparente et vérifiable.

Nous vous demandons donc :
1. de suspendre ou reporter l’appel à candidatures pour la coprésidence française du HCST ;
2. de rendre publique l’évaluation juridique conduite par vos ministères sur la compatibilité de cette coopération avec les obligations internationales de la France, notamment au regard de la Convention sur le génocide, des ordonnances de la CIJ, de l’avis consultatif de la CIJ du 19 juillet 2024 et de la résolution ES-10/24 de l’AGNU (cf l’annexe de cette lettre);
3. de procéder à un audit des coopérations scientifiques et technologiques franco-israéliennes en cours ou récemment financées, en particulier dans le cadre du HCST et du programme PHC Maïmonide ;
4. d’exclure explicitement de toute coopération publique les institutions, entreprises, laboratoires ou programmes contribuant directement ou indirectement aux capacités militaires, sécuritaires, de surveillance, de contrôle de population, de colonisation ou d’occupation ;
5. de publier un cadre de vigilance et d’évaluation préalable applicable à l’ensemble des coopérations scientifiques et technologiques bilatérales lorsque celles-ci concernent un État impliqué dans des violations graves du droit international.

En l’absence de telles garanties, le renouvellement ordinaire de la coprésidence française du HCST apparaîtrait comme une normalisation institutionnelle de la coopération scientifique et technologique avec l’État d’Israël, alors même que la situation impose au contraire prudence, transparence, suspension préventive et contrôle public. La coopération scientifique internationale ne peut être invoquée comme un espace d’exception au droit international. Elle engage les institutions publiques qui la financent, la structurent et la légitiment.

Nous vous demandons donc d’ouvrir sans délai une réévaluation publique de la coopération scientifique et technologique franco-israélienne et, dans cette attente, de suspendre cet appel.

Rappel des dispositions pertinentes du droit international

Depuis l’ordonnance rendue le 26 janvier 2024 par la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l’affaire Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël), puis les ordonnances complémentaires des 28 mars et 24 mai 2024, les États tiers ne peuvent ignorer l’existence d’un risque sérieux relevant du champ de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. La Cour a notamment rappelé à Israël ses obligations de prévention au titre de cette convention et a ordonné des mesures conservatoires destinées à protéger les droits des Palestiniens de Gaza au titre de celle-ci.

À ces mesures conservatoires s’ajoute l’avis consultatif rendu par la CIJ le 19 juillet 2024 sur les conséquences juridiques des politiques et pratiques d’Israël dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est. La Cour y conclut notamment à l’illicéité de la présence continue d’Israël dans le Territoire palestinien occupé, cette illicéité s’appliquant à l’intégralité du territoire occupé depuis 1967 (avis consultatif, §§ 261-262 et dispositif, § 285, point 3). Elle est également d’avis que tous les États ont l’obligation de ne pas reconnaître comme licite la situation découlant de cette présence illicite et de ne pas prêter aide ou assistance à son maintien (avis consultatif, § 279 et dispositif, § 285, point 7). L’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) a ensuite adopté, le 18 septembre 2024, la résolution ES-10/24, qui se félicite de cet avis consultatif, exige qu’Israël mette fin sans délai à sa présence illicite dans le Territoire palestinien occupé, et au plus tard dans un délai de douze mois, et demande à tous les États de ne pas reconnaître comme licite la situation découlant de cette présence, de ne pas prêter aide ou assistance à son maintien, et de prendre des mesures pour que leurs autorités, nationaux, sociétés et entités s’abstiennent de tout acte impliquant une telle reconnaissance ou assistance (A/RES/ES-10/24, §§1, 2, 4 b)-c) et 5 a)).

L’obligation de prévention du génocide, consacrée par l’article I de la Convention de 1948, ne se limite pas à l’interdiction de commettre directement un génocide. Selon la CIJ, « l’obligation de prévention et le devoir d’agir qui en est le corollaire prennent naissance, pour un État, au moment où celui-ci a connaissance, ou devrait normalement avoir connaissance, de l’existence d’un risque sérieux de commission d’un génocide » (Bosnie-Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro, arrêt du 26 février 2007, § 431). Les ordonnances rendues par la Cour en 2024 dans l’affaire Afrique du Sud c. Israël rendent aujourd’hui cette exigence particulièrement concrète : les États tiers ne sauraient ignorer le risque en cause ni poursuivre des coopérations institutionnelles sensibles sans évaluation préalable. Cette obligation commande également de s’abstenir de toute mesure susceptible de faciliter, directement ou indirectement, la réalisation d’un tel risque.

Appel à contributions : 7e congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans, GIS-MOMM

Pour sa septième édition, le Groupement d’Intérêt Scientifique « Moyen-Orient et mondes musulmans », l’Institut d’Étude de l’Islam et des sociétés du monde musulman et la Société pour l’Étude du Moyen-Orient et des mondes musulmans et leurs partenaires organiseront au sein de l’Université de Montpellier Paul-Valéry le Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans dans la semaine du 14 au 18 juin 2027.

Le congrès se tiendra sur le campus Route de Mende de l’UMPV, et il sera co-organisé par les laboratoires affiliés au GIS MOMM (CRISES, ReSO, CEMM) et tous les laboratoires et instances du pôle universitaire montpellierain qui souhaiteront s’y impliquer.

Les doctorants, jeunes docteurs, post-doctorants, chercheurs et enseignants-chercheurs sont invités à envoyer des propositions d’atelier thématique (4 communications maximum en plus de l’introduction de l’organisateur ou de l’animateur du panel – les panels doubles sont autorisés avec un maximum de 8 communications) au plus tard le 30 juin 2026 en renseignant le formulaire selon le modèle à télécharger derrière ce lien, et à déposer sur le site du congrès.

Les langues dans lesquelles le programme du congrès est présenté sont le français et l’anglaisLes communications peuvent se faire dans la langue souhaitée par les intervenants (arabe, kurde, persan, turc…), avec traduction impérative du résumé en français ou en anglais (au moins l’une des deux langues).

Les propositions peuvent relever d’un ou plusieurs domaines des sciences humaines et sociales (anthropologie, archéologie et histoire de l’art, droit, économie, géographie, histoire, islamologie et sciences religieuses, linguistique, littérature, philosophie, sociologie, science politique…), dans une perspective globale ou régionale. Il sera demandé d’inscrire les propositions dans l’un de ces domaines, sans préjuger de la manière dont le comité d’organisation les classera selon des rapprochements thématiques. Comme les années précédentes, le congrès est une invitation à dépasser les cloisonnements disciplinaires et institutionnels, en rassemblant des contributeurs d’horizon divers, travaillant en France et partout dans le monde. Les propositions collectives émanant de jeunes chercheurs, doctorants et post-doctorants sont encouragées. Les propositions de communication individuelle ne seront en revanche pas éligibles.

NB : Afin d’encourager la participation de chercheurs venant du Maghreb et du Moyen-Orient, une aide financière pour leur déplacement et leur hébergement pourra être accordée sur décision du conseil scientifique du GIS, en fonction des financements disponibles. Priorité sera donnée à la participation des jeunes chercheurs de ces régions.

Calendrier

Les propositions seront examinées par le comité scientifique du GIS qui donnera sa réponse aux participants au début du mois de novembre 2026. Une fois la proposition d’atelier acceptée, la liste des participants pourra être complétée ou amendée jusqu’au 15 décembre 2026. Le programme définitif de l’atelier devra être remis à cette date.

Pour tout complément d’information : gismomm-contact@services.cnrs.fr
Lien vers l’appel à contributions en français
Lien vers l’appel à contributions en anglais

Frais d’inscriptions (à régler impérativement au premier trimestre 2027) :

– 50 euros pour tous les participants (participants à un atelier et public)
– 25 euros pour les doctorants et les jeunes chercheurs non titulaires
– Exonération pour les étudiants de l’UMPV, mais avec inscription obligatoire

À retrouver sur le site du GIS MOMM

Webinaire – Syndicalisme, actions contre la censure et compromissions scientifiques, le 27 avril 2026

📣 Webinaire de la SEMOMM, 27 avril, 13h-14h

« Syndicalisme, actions contre la censure et compromissions scientifiques »

Avec Armand Aupiais, ancien enseignant contractuel à Aix-Marseille Université, militant à Sud Educ 13, au Collectif des travailleur·e·s précaires de l’ESR – Marseille, et au RUSF 13.

Devenez membre de l’association pour recevoir le lien du webinaire !

La SEMOMM condamne les attaques israéliennes et exprime sa solidarité envers les collègues libanais

Depuis le 28 février dernier, le Liban est confronté à une nouvelle vague de violence et de bombardements, qui fait suite à un cessez-le-feu signé le 27 novembre 2024, jamais respecté par Israël.

Dans ce contexte de guerre destructrice, la SEMOMM s’inquiète particulièrement des attaques contre les lieux de savoir et les universitaires libanais. Le 12 mars dernier, Israel a bombardé l’Université libanaise en tuant deux professeurs, Hussein Bazzi et Mortada Srour.

La SEMOMM souhaite réaffirmer son soutien à nos collègues universitaires libanais et aux étudiants des universités libanaises, qui paient le prix fort de cette nouvelle guerre. Déjà épuisées par des crises récurrentes et les bombardements de l’automne 2024, les institutions académiques libanaises tentent aujourd’hui d’assurer une continuité pédagogique à leurs étudiants, sans pouvoir les accueillir en règle générale. Plus d’un million de personnes sont actuellement déplacées dans le pays, dont de nombreux étudiants et professeurs. Alors que l’UNICEF évoque le chiffre « d’une classe de trente élèves tués ou blessés par jour au Liban », le tribut payé par les étudiants des universités et leurs professeurs est également très lourd.

Enfin, la SEMOMM s’inquiète des risques pesant sur le patrimoine libanais, sur lesquels s’est exprimé le ministre de la Culture libanais, Ghassan Salamé, à la suite du bombardement du site archéologique d’al-Bass près de Tyr.

La SEMOMM condamne l’annulation de la conférence dédiée à la Nakba à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC)

La SEMOMM a appris que l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) a annulé la conférence débat co-organisée par le syndicat UPEC en commun et le comité Palestine de Créteil/Association France Palestine qui devait avoir lieu le 11 mars 2026 dans les locaux de l’Université, avec Muzna Shihabi, collaboratrice du CAREP, l’historien Thomas Vescovi et la députée Gabrielle Cathala. Cette annulation a été notifiée par la présidence de l’UPEC, semble-t-il à la demande de la préfecture, pour des motifs de menace à l’ordre public.

Cette annulation montre une nouvelle fois que l’organisation de débats avec des scientifiques sur la question palestinienne est devenue quasi-impossible dans les universités françaises, alors même que la transmission des savoirs et leurs mises en discussion sont au cœur des missions de l’université. Il s’agit d’entraves inacceptables aux libertés scientifiques des chercheurs et chercheuses invitées ainsi qu’à la liberté d’information et d’expression dans les universités. A travers leur récurrence, il est notoire que ces entraves visent à faire à faire censurer les voix qui apportent des éclairages potentiellement critiques sur la politique israélienne.

La SEMOMM dénonce cette situation et appelle la présidence de l’UPEC à défendre les libertés scientifiques et pédagogiques en toute circonstance, notamment en assurant les conditions pour que l’ordre public ne soit pas troublé par les ennemis de la liberté académique. 

Appel à contributions : DAVO organise son 32ème congrès annuel

L’Association allemande d’études du Moyen-Orient (DAVO) invite à soumettre des contributions pour son 32e congrès international annuel. Le congrès se tiendra du 10 au 12 septembre 2026 à la Ludwig-Maximilians-Universität (LMU) Munich, en Allemagne, et sera accueilli par la Chaire d’études arabes et islamiques de l’Institut d’études du Proche et du Moyen-Orient de la LMU.

Le Congrès DAVO est dédié à faire progresser la recherche académique et la compréhension publique de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Ouest, en examinant des questions d’histoire, de société, de politique et d’économie, de culture et de religion, de langue et littérature, de santé et de domaines connexes, tout en s’engageant de manière critique sur les questions urgentes en Allemagne et en Europe, notamment la migration, l’antisémitisme, le racisme anti-arabe et anti-musulman, et la transformation sociale.

La date butoir pour soumettre des contributions est fixée au 22 mars 2026

DAVO invite à soumettre des articles, affiches et sessions organisées sur les études du Moyen-Orient dans toutes les disciplines et approches. Pour les articles et affiches, les contributeurs devront soumettre un résumé (maximum 250 mots). Les soumissions pour des sessions organisées nécessiteront un résumé de panel (maximum 250 mots) et des résumés individuels (maximum 250 mots chacun). Les sessions organisées peuvent inclure 3 ou 4 articles.

Retrouvez l’appel sur le site de DAVO

« Préserver le savoir : Études sur la liberté académique dans le monde arabe » : le Conseil arabe pour les Sciences sociales (ACSS) publie sur la liberté académique

Un nouvel ouvrage sur la liberté académique dans le monde arabe vient d’être publié par le Conseil arabe pour les Sciences sociales (ACSS), partenaire de la SEMOMM. La publication est le résultat d’un travail mené par plusieurs chercheur.e.s grace à un financement du Centre de Recherche pour le Développement international (CRDI), et met en avant six cas d’études issus de la région.

Le constat de départ est que :

“La situation [de la liberté académique] dans la région arabe est loin de notre vision et de nos attentes, et la communauté universitaire est confrontée à des défis anciens et plus récents qui limitent sa capacité à produire des connaissances critiques qui éclairent les problèmes de ses sociétés.

La disponibilité et l’accessibilité des données et de l’information constituent un défi majeur dans la région, et de nombreux pays souffrent d’infrastructures de recherche insuffisantes et d’une pénurie de ressources académiques et numériques.

Les régimes autoritaires renforcent leur emprise sur la recherche et l’écriture, en particulier après l’échec des révolutions arabes (2010-2011 et 2019), et les universités exercent des contrôles politiques et bureaucratiques sur la recherche par le biais d’un large éventail de tactiques de censure et de répression.

Les institutions universitaires étouffent l’intérêt pour certains sujets et font taire les questions de recherche jugées sensibles. Dans plusieurs pays, la privatisation et la marchandisation de l’enseignement supérieur ont contribué à la précarité du personnel enseignant, le dissuadant de poursuivre une pensée indépendante et privant la liberté académique de ses principes fondamentaux d’autonomie, de critique et de libre apprentissage.

Enfin, les guerres et les crises prolongées dans le monde arabe ont rendu plus difficile pour les chercheurs la poursuite des connaissances et l’examen des questions cruciales pour leurs sociétés déchirées par la guerre. L’exemple le plus frappant de ces crises – la guerre d’Israël contre Gaza en octobre 2023 – a démontré que la détérioration de la liberté académique n’est pas propre au monde arabe, mais touche également les universitaires des pays du Nord ; la production de connaissances est menacée à l’échelle mondiale.”

Cette publication est donc le résultat d’un travail de recherche qui s’est structuré à partir de la perspective nationale et disciplinaire de chaque auteur. Ceux-ci “ont fourni une analyse historique et contextuelle des conditions de production du savoir. Leurs travaux portaient sur les points suivants : qu’est-ce qui constitue un sujet sensible ou controversé dans différents contextes et au fil du temps ? Qu’est-ce qui le rend controversé et pour qui ? Comment et pourquoi certains thèmes sont-ils étudiés, discutés, négligés ou passés sous silence dans différents pays de la région ? Comment les chercheurs formulent-ils leurs recherches, leurs écrits et leurs messages sur des sujets politiquement controversés ? Et quelles stratégies emploient-ils pour contourner les restrictions ?

Les études de cas, tout en examinant les stratégies de censure, ont également présenté des tactiques de résistance de la part des chercheurs et ont développé le concept de sauvegarde des connaissances (knowledge safeguarding, صون المعرفة), en particulier dans les situations de crise, de guerre et d’occupation.”

Retrouvez le texte intégral en arabe, et son introduction traduite en anglais ici.

La SEMOMM dénonce la dangerosité de la loi « contre les formes renouvelées de l’antisémitisme »

La SEMOMM s’associe au communiqué de l’ALIA – Association pour la Liberté Académique dénonçant la dangerosité de la loi « contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », actuellement discutée à l’Assemblée nationale. Cette loi, en assimilant l’ensemble des juifs à l’État d’Israël et à sa politique, porte non seulement atteinte à la liberté d’expression et à la liberté académique, mais court paradoxalement aussi un grand risque de renforcer l’antisémitisme.

Retrouvez le communiqué de l’ALIA ici.